Tous contre un.

11 novembre 2015


Source : Cypress Elementary
Après un petit billet sur le bonheur la semaine dernière, je bascule sur un sujet plus grave aujourd'hui. Le 5 novembre dernier, avait lieu la 1ere journée nationale contre le harcèlement, qui a donné lieu à de nombreuses campagnes médiatiques et de réactions sur la toile. Excusez-moi le mot mais : PUTAIN merci. Merci d'en parler enfin comme on devrait en parler. Que l'on soit enfant ou adulte, rien ne justifie une quelconque violence, qu'elle soit physique ou psychologique. J'ai été touchée de lire de nombreux témoignages, mais à la fois je suis triste de voir qu'on en vient à consacrer une journée contre le harcèlement, parce que finalement ça signifie que ça se répète encore et encore.. Dites-vous bien que tout le monde est susceptible d’être harcelé, et n'importe où. A l'école, dans la rue, sur internet.. Vous pouvez être une personne de caractère, avec une personnalité marquée et bien dans vos baskets, si quelqu'un trouve une faille dans laquelle s’immiscer, ça devient vite la descente aux enfers. Si je me permets de prendre mon clavier aujourd'hui pour vous en parler, c'est parce que le lycée a été une véritable épreuve pour moi.

MON EXPÉRIENCE

Je sais ce qu'engendre le fait d'être rejetée mais aussi raillée et rabaissée en milieu scolaire.
Je vous l'ai déjà mentionné dans d'autres articles, mais je n'ai jamais été dans les détails, parce que malgré ce que l'on peut traverser, le passé c'est le passé. C'est une erreur. Depuis cette période, j'ai récupéré ma vie. J'ai la possibilité aujourd'hui de passer à travers mon expérience, un message de prévention. Si une journée nationale contre le harcèlement a vu le jour, c'est justement parce que les victimes de harcèlement se renferment et ne parlent pas, et que par conséquent des drames surviennent. Malheureusement, l'entourage ne peut pas forcément déceler un mal être parfois sciemment caché. 

Si je devais résumer cet épisode de ma vie, je dirais que c'était un cauchemar éveillé. Un cauchemar parce qu'on se dit chaque jour qu'on va se réveiller. Mais le problème est là ; c'est la réalité. Chaque matin on est prit d'angoisse, la boule au ventre. On se cache dans les toilettes ou à l'infirmerie jusqu'à la sonnerie pour être sur de ne pas croiser les regards, entendre les messes basses et les rires à peine voilés. Petit à petit on devient une autre personne..

Concrètement ; on se moquait de ma coiffure, - loupé de coiffeur, quand je vous dis que ça peut traumatiser.. - de mes vêtements, parce que je m'habillais chez Kiabi et Mim et pas chez Comptoir Des Cotonniers ou MajeÔ 'scuse! On se moquait aussi de mon accent! Ça c'est drôle pour une sudiste qui était la seule de la classe à avoir l'accent de sa région, dans un lycée de sa région. Huhu. Je me prenais des insultes gratuites tous les jours "pour rire", des bousculades, des bonbons dans la gueule - j'aurais du les ramasser pour les bouffer entre deux cours d'ailleurs. Certains crachaient même du haut des balcons des bâtiments juste a coté de la ou je m'asseyais.. La situation débordait en dehors ma classe puisque ça venait souvent d'élèves que je ne connaissais pas.
J'avais assez d'argent de poche pour aller me faire un restau' tandis que d'autres dévalisaient les bijouteries à la pause de midi.. 300€ de butin à 16 ans, normal. Quand j'étais malade, il parait que je partais en vacances ou en croisière. Étrange quand on sait que j'étais la meuf discount qui s'habillait chez Kiabi.. J'ai également entendu par des amis (en dehors du lycée) que l'on parlait de moi dans d'autres établissements alors que je ne connaissais pas encore une fois, ces personnes.. Bref, tout était prétexte a créer des rumeurs, pour me faire tourner en bourrique.

Ce calvaire a duré un an mais je n'en ai parlé qu'au bout de plusieurs mois. Le pire c'est de devoir dire que je ne l'ai pas fais de mon propre chef, mais principalement parce que ma famille, mais aussi mon médecin, ont remarqué mon changement de comportement. Je ne foutais plus rien en cours et étais de longue chez le médecin pour des arrêts. Je tournais à 5-6 de moyenne alors que je sortais du collège avec les félicitations. Plus de vie sociale. Je ne sortais plus avec mes amis, ne riais plus, passais des heures enfermés dans ma chambre à pleurer, dormir ou lire des bouquins. Dès que ma mère me parlait du lycée, je me mettais à pleurer. Je savais très bien pourquoi, mais pour mes proches, c'était l’incompréhension totale. Je connaissais les faits mais finalement, je n'ai rien compris à ce qui m'arrivait, car à la base, je ne suis pas du genre à me laisser emmerder sans rien dire. Me retrouver confrontée à des comportements aussi cruels, ça m'a glacé.
J'ai également traversé une phase de boulimie qui m'a chargé de 22 kg en quelques mois, des kilos dont je n'arrive pas à me débarrasser 6 ans après.

Evidemment, l'équipe éducative de mon lycée a eu vent de l'histoire puisque ma mère a décidé qu'il fallait que ça change. Nous sommes allés à de nombreuses entrevues, mais ça n'a pas du tout arrangé les choses. Ma prof principale se sentait visiblement extrêmement concernée par ma détresse. Elle trouvait, et je me rappelle chaque mot, "cela scandaleux" qu'elle ne tolérait pas "ce genre de comportements" et allait faire "son possible".
Je pense qu'elle devait avoir une double personnalité, puisqu'une fois retourné en cours, je me prenais des : "Allons mademoiselle, il faut se réveiller, ce n'est pas si grave / Allons secouez-vous, vous vous renfermez.. / Mettez-vous un bon coup de fouet, on se ressaisit."
Au vue des événements à ce moment, j'aurais vraiment préféré être en train de dormir. Elle ne savait évidemment ni quoi dire ni quoi faire. Je déplore le fait que de nombreux professeurs, ou de manière général des adultes, ne sachent pas comment réagir dans des cas de harcèlement. Et je trouve ça assez grave surtout en tant qu'être humain.

Bref je vous passe un peu les détails, plus j'étais de côté, plus on me trouvait bizarre. Comme un cercle vicieux, la descente s'est poursuivi.. Jusqu'à ce que, à bout de forces, j'accepte d'aller voir une psy. Elle a été choquée de voir à quel point ma confiance en moi était ébranlée, limite inexistante. Elle m'a beaucoup aidé à me revaloriser, même si je garderais toujours des doutes.
N'ayons pas honte/peur de consulter ou d'envoyer nos enfants consulter un psychologue. Nous n'avons pas forcément besoin d'une aide médicale à proprement parler, mais juste d'une personne qui est extérieure à notre vie et étrangère à nos problèmes, pour nous aider à nous offrir une nouvelle perspective. Pour finalement se dire, mais merde, pourquoi je me bouffe la vie.

Aujourd'hui, je suis redevenue celle que j'étais, enfin en partie. J'ai toujours mon fidèle caractère de cochon, et j'essaie de croquer la vie a pleines dents. Mais il subsiste toujours quelque chose. Je suis méfiante, trop même. Je n'arrive plus à donner ma confiance, et je peine à me convaincre que je ne suis pas jugée en permanence. Même quand on arrive à renverser une situation, si les choses sont allées trop loin, on reste marqué au fer rouge. Voir autant de personnes vous traiter différemment si longtemps, ça vous change.

Mon message pour tout ceux qui subissent moqueries, discrimination et harcèlement est le suivant : parlez et ne laissez pas une situation prendre de l'ampleur. Ne vous renfermez pas, ne vous isolez pas, ça ne vous rendra que plus malheureux. Alertez votre entourage, ils ne se rendront pas forcément compte de votre mal-être justement parce que vous vous effacez. Ça ne veut pas dire qu'ils ne peuvent rien pour vous. Si vous avez honte d'exposer cette épreuve à vos proches, allez en parler à l'infirmière ou à la/au psy scolaire. Infos utiles ici.
A ceux qui sont témoins de harcèlement, ne prenez pas la mauvaise décision. Par facilité, certains rejoignent l'effet de groupe, et deviennent à leur tour les bourreaux, ou alors restent immobiles et laisse les choses évoluer. Ce serait si simple de faire un pas, juste un, pour tout stopper. L'un serait moins seul, et les autres se sentiraient bien cons. Nous avons toutes les cartes en mains pour faire changer les choses, et ça commence par le fait d'en parler.  J'ai bon espoir que les actions entamées récemment portent leurs fruits, afin que l'on puisse éviter autant de souffrance.


PS : Les photos/vidéos présentées sur le blog, ainsi que les dessins et/ou logo, sauf indication, ont tous été réalisés par mes mimines, j'y ai mis du coeur, et du temps. Merci de respecter mes droits :).


2 commentaires:

  1. Un article sur le harcèlement est dans mes brouillons depuis quelques semaines je n arrive pas à ressortir ce que j ai subit car même si c est loin aujourd'hui j en garde une trace indélébile. Tu as bien trouvé les mots et qui sait peut être qu il fera écho pour quelques personnes
    Bonne soirée miss bisous

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    1. C'est fou comme on reste marqué par ce genre de chose.. Je te comprends complètement.. ça a été très difficile pour moi aussi et j'ai mis un an à écrire cet article que j'avais déjà commencé en brouillon puis supprimé avant de me relancer. Je pense que les dernières actualités avec cette journée dédiée à la lutte contre le harcèlement constituent un bon moment pour en parler. Saches en tout cas que si tu envisages finalement de le publier, ça ne pourra être que bénéfique parce que c'est très libérateur.
      Je suis un petit poisson dans l'océan dans la blogo mais j'espère tout comme toi que ça sera comprit :).
      Des bisous, et une très bonne soirée à toi aussi!

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